Florence Tantin

Penser, Ecrire, Transmettre en Dialogue

Catégorie : Bruissements sensibles

  • Souvenir de mer

    Chaude, bleue, verte, ton écume vient me lécher

    les orteils recroquevillés de peur de me laisser entrainer

    Froide, grise, noire, tu m’as rejetée

    sur un rivage étranger, graviers et sables inhospitaliers

    Magnifique, sombre et tumultueuse, tu m’as laissé croire

    aux rêves de château qui n’étaient que du sable

    Sans couleur, silencieuse, tu n’étais plus qu’horizon sans fin

    Puis, tu m’as reprise dans tes rouleaux enveloppants

    pour me mettre à l’abri d’une île

    Belle île en mer

  • MES LIVRES ET MOI: de l’effleurement à l’expérience

    MES LIVRES ET MOI: de l’effleurement à l’expérience

    Photo tirée de L’odeur du café de Dany Laferrière

    Dès mon enfance et mon adolescence, les livres ont longtemps été comme un fond d’écran dans ma vie, nourrissant sans fin mes pensées, nombreux et éclectiques, mais souvent sans profondeur. Parfois, certains faisaient émerger des rêves éveillés d’aventures romanesques qui m’emportaient loin de l’ennui, à la fois si doux et légèrement mélancolique, où le temps semblait suspendu sans réalité.
    Je passais de l’un à l’autre comme on feuillette des paysages sans s’y arrêter, effleurant des idées, des destins, des émotions qui ne trouvaient pas toujours racine en moi. Il y avait là une forme de confort : celui de rester en surface, de se laisser porter par des récits qui n’exigeaient rien d’autre qu’une présence nébuleuse.

    Mais peu à peu, quelque chose a changé. Certains livres ont cessé d’être des décors pour devenir des seuils. Ils ne se contentaient plus d’accompagner mes pensées : ils les dérangeaient, les déplaçaient, parfois même les ébranlaient ; Là où je cherchais une échappée, ils introduisaient une exigence. Là où je restais spectatrice, ils m’invitaient à prendre position.

    Ce n’était plus une lecture qui comblait les vides. C’était une rencontre qui les révélait.

    Alors j’ai commencé à lire autrement, lentement, en savourant les mots. Moins pour accumuler que pour habiter. Moins pour faire que pour comprendre. Les livres ne formaient plus un arrière-plan rassurant, mais un espace de maturation silencieuse, où se rejouaient, à bas bruit, mes propres questions mais aussi ce qui venait discrètement les apaiser.
    Et peut-être est-ce à ce moment-là que la lecture a cessé d’être un refuge pour devenir une expérience. Une manière de se tenir au monde non plus à distance, mais dans une présence plus attentive, plus approfondie, presque plus juste.

    Et pourtant, en relisant ces lignes, une légère gêne m’a traversée. Comme si j’avais laissé quelque chose en suspens, par facilité peut-être ou par cette forme de disponibilité paresseuse que je m’autorisais alors.
    Mais avec le recul, je comprends que ce n’était pas un manque. C’était une manière d’être en surface, encore en attente d’un monde dont je ne savais rien encore mais qui se préparait avec ses abysses et ses sommets.

    Il fallait sans doute ce temps-là pour que viennent, plus tard:

    La complicité avec l’auteur, les personnages, le message qui fait du livre un véritable compagnon ou une compagne d’un voyage à la fois partagé et profondément singulier.

    Le soutien et comme la mise en mots de situations ou pensées si difficiles parfois à exprimer.

    La clarté qui vient illuminer aussi bien les cheminements intimes que les réflexions intellectuelles ou professionnelles.

    Et enfin, le sentiment d’appartenir à une communauté de pensées, de vie, qui sans effacer la singularité de chacun, vous relie au monde.

    Au fond mes livres m’ont donné à la fois un espace pour me retrouver seule quand le besoin s’impose, tout en m’ouvrant une manière d’habiter le monde avec les autres.