Florence Tantin

Penser, Ecrire, Transmettre en Dialogue

Catégorie : Caraibes

  • Ce que les Antilles disent du leadership – Introduction

    Ce que les Antilles disent du leadership – Introduction

    Rien dans ce paysage de l’Allée Dumanoir , en Guadeloupe, ne dit immédiatement ce qu’il a traversé. Derrière la beauté immuable du paysage: des siècles d’épreuves, de cyclones, de reconstructions silencieuses. Les sociétés antillaises ont ce même visage- des formes qui tiennent, forgées dans des histoires que l’œil ne lit pas d’emblée. Le leadership qui en est issu mérite le même regard attentif.

    C’est de ce leadership là que cet article veut parler

    Lle leadership fait l’objet de nombreux travaux, formations et publications. Les territoires ultramarins et plus particulièrement les Antilles, n’en sont pas totalement absents. Mais le leadership antillais demeure encore peu interrogé comme objet de réflexion à part entière

    Lorsqu’il est abordé, c’est souvent à partir de ses fragilités supposées, de ses carences ou des ajustements qu’il lui faudrait adopter pour se conformer à des normes élaborées ailleurs. 

    Plus rarement comme une expérience à écouter, une pratique à comprendre, un savoir à transmettre.

    Cette lecture partielle a longtemps produit des effets très concrets :

    Pendant plusieurs années, pas totalement révolues, le leadership exercé par des cadres et des dirigeants (es)antillais (es) a rencontré des obstacles particuliers dans l’accès à des postes de responsabilité. Leur légitimité paraissait devoir être davantage démontrée, indépendamment parfois de leur expérience ou de leurs qualifications..

    À l’inverse, des responsables venus de l’hexagone ont pu bénéficié d’une légitimité plus immédiate y compris lorsqu’ils connaissaient peu les réalités ultramarines. Il ne s’agit pas ici d’opposer des personnes à d’autres, mais de souligner l’existence de mécanismes asymétriques de reconnaissance, dont les effets ont pesé à la fois sur les trajectoires individuelles et sur les organisations.

    Aujourd’hui, les antillais (es) sont plus nombreux(ses) à accéder à des postes de responsabilité. Mais la difficulté ne tient plus seulement à l’accès à la fonction; elle réside aussi dans les conditions concrètes de son exercice, entre attentes institutionnelles élaborées ailleurs, réalités locales, forte intensité des relations sociales et légitimité à toujours construire.

    Dès lors que voit-on lorsque l’on change de point de vue ?  

    Les sociétés antillaises se sont construites dans des contextes historiques de tension, d’adaptation permanente, où des populations venues d’horizons différents ont été amenés à cohabiter, produisant un métissage culturel et social à l’origine de formes singulières d’organisation et de relation. À ces héritages, viennent s’ajouter des contraintes géographiques et institutionnelles liées à l’intégration de ces territoires dans les cadres politiques et administratifs de « la métropole » après la décolonisation.

    Nombre de dirigeants(es) ayant exercé aux Antilles témoignent d’une expérience particulièrement marquante: ils (elles) en repartent souvent transformés (ées), évoquant un contexte à la fois exigeant, parfois déstabilisant, mais aussi profondément humain.

    Plutôt que de considérer ces expériences comme marginales ou atypiques, une autre hypothèse peut être formulée : et si ces sociétés permettaient de penser autrement le leadership ?

    Un leadership singulier qui mérite d’être exploré tout en évitant les deux écueils du leadership ethnocentré ou réduit à la seule grille de lecture nationale, au risque d’en masquer les dimensions organisationnelles, sociales universelles.

    Reste alors une question: que produisent ces contextes sur les façons de diriger et d’agir?

    Vous en saurez plus, prochainement…